This is the end.

Toutes les bonnes choses ont une fin.

Papa Ours et Maman Ourse se séparent, une famille déchirée en deux.

Pourquoi ? La parentalité a eu raison de notre couple ? Est-ce que ça n’a rien à voir ? Avec ou sans Bébé Ours, la séparation aurait eu lieu. Mais je l’aurais vécu différemment. Ma conception de la famille est sacrée, j’ai du mal à accepter la situation, mon cœur est brisé, j’étais prête à tous les sacrifices pour sauver ma famille du chaos dans lequel elle est plongée aujourd’hui. Un immense vide, une plaie ouverte, il ne m’aime plus.

L’impression d’avoir été utilisée pour son objectif de devenir père avant 30 ans. Deux étrangers incapables de communiquer normalement, obligée de lui montrer une partie de moi que je voulais cacher.

Tu te secoues, tu n’es plus une adolescente qui a le droit de larmoyer dans son lit en écoutant des chansons tristes… Tu es une adulte, responsable d’un autre être humain, il faut aller de l’avant, tu dois tenir le coup. Ne lui montres pas tes faiblesses. Tu es forte.

Et pourtant j’ai du mal à réaliser ce qu’il m’arrive, je n’arrive pas à imaginer à quoi va ressembler ma vie. C’est un cauchemar et je vais me réveiller ?

Je voudrais qu’il voit ce qu’il perd, qu’il se rende compte que ce que je suis prête à faire, personne d’autre ne le ferait pour lui. J’ai tellement de colère en moi, de tristesse et de regrets.

Regret de l’avoir rencontré, regret de lui avoir laissé une chance, de lui avoir fait confiance, regret de l’avoir laissé me convaincre qu’on était prêts à être des parents. Regrets d’avoir pu imaginer qu’il n’était pas comme les autres. Il m’abandonne aujourd’hui sans même se battre, sans même essayer de faire en sorte que ça marche.

Il nous abandonne, veut vivre sa vie de père célibataire, veut vivre ailleurs que dans le foyer que nous étions en train de construire. Tout abandonner pour ses propres choix et ses propres envies.

Comment savoir ce que l’on désire vraiment lorsque tout ce que l’on a toujours voulu s’évapore en fragments de vie sans qu’on puisse faire quoique ce soit ? Comment savoir si on sera plus heureux séparés qu’en couple ? Le temps, j’imagine que c’est ça la réponse à toutes mes questions.

Plus envie de rien, plus goût à rien. Une perte de confiance en soi, un choc émotionnel, une vie brisée… Et lui ne ressent rien. Pas la moindre peine, pas la moindre souffrance, pas le moindre regret, pas le moindre remord.

Le chemin va être long avant d’atteindre la rémission. Comme une cicatrisation longue et douloureuse, une route sinueuse et semée d’obstacles. Retour à la case départ, comme si c’était une fatalité. Moi qui me croyais tirée d’affaire, me voilà de retour sur le marché des célibataires, sur le banc des filles à marier. L’achèvement de la vie de chaque être humain selon la société dans laquelle on vit, trouver sa moitié et construire sa vie autour de projets communs. Ou rester seule pour le restant de ma vie. Seule, ou presque. Avec ce petit bout d’homme qui compte tellement sur moi.

Jour après jour, en vivant sous le même toit, il s’enfuit, m’évite, m’impose ce vide infini, me laisse face à moi-même. Avec mes doutes, mes questions, mes craintes, ma souffrance…

Il emmène notre enfant sans que je sache où. Qu’est-ce qu’il fait ? Avec qui il le fait ? Et pourquoi ? Est-ce que ma vie sera plus simple quand il aura quitté notre foyer ?

Est-ce que j’étais prête ? Une chose est sûre, je ne l’étais pas.

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Passage du permis moto.

11 mai 2017. 5 mois de grossesse.

J’ai décidé de passer le permis moto, dans mon état.

Ouuuuh j’entends déjà les inquiétudes : Ce n’est pas raisonnable ! Et si tu tombais ? Mais tu es folle ?

Oui sauf que je ne suis pas folle, je ne suis pas déraisonnable, et je n’ai pas l’intention de tomber.

Si je devais vraiment éviter tout danger, autant rester enfermée chez moi ! Qui me dit que je ne me ferais pas renverser à pied ?

Papa Ours n’a rien contre. Si je m’en sens capable c’est que je peux y arriver.

Lui aussi est motard, c’est d’ailleurs vraiment agréable de partager ma vie avec quelqu’un qui a la même passion que moi !
Je suis grande passionnée de moto depuis toute petite (merci papa), et j’ai eu du mal à trouver le moment, réunir les moyens financiers, etc.
Alors dès que possible j’ai commencé le plateau (code encore valable), puis après la validation de celui-ci (premier coup ouf !) en juin 2016, j’ai décidé de mettre ce permis de côté afin de trouver les moyens qu’il manquait pour le terminer !
C’est à ce moment là que je suis tombée enceinte. Du coup, un beau jour, je me suis aperçue que mon code allait perdre sa validité… fin mai !
J’ai donc foncé à l’auto-école et à ma grande surprise, sauf avis contraire de mon médecin, ils étaient d’accord pour que je passe la circulation.
Je l’ai réussi ! Tout s’est passé à merveille, mon ventre ne se voit presque pas sous le blouson de moto. Je suis donc officiellement une jeune motarde !

Bon tout ça pour dire, que malgré le potentiel danger qu’il peut y avoir quand on est sur une moto, je préfère vivre dangereusement ma passion que vivre en sécurité et malheureuse ! Et puis une maman malheureuse, bah ça fait un bébé malheureux au final…

Siège et césarienne

3 août 2017. 8 mois de grossesse.

Aujourd’hui, une césarienne a été programmée. Notre bébé Ours est en position de siège et nous avons décidé avec Papa Ours de ne pas essayer de Version par Manœuvre Externe (sorte de manipulation pour le retourner), ni l’accouchement par voix basse (en siège, bien plus compliqué qu’un accouchement « normal »).

Pour tout vous dire, puisque je vous dit tout, c’est un peu un soulagement. La césarienne est prévue le 28 août, donc je grappille deux semaines avant le terme…

Est-ce que je devrais me sentir coupable ? Je ne pense pas. Sa santé n’est pas mise en danger, une césarienne programmée a très peu de risque de mal se dérouler.

En France, une grossesse sur cinq se termine en césarienne.

Je vis une grossesse que les médecins appellent vulgairement « pathologique ». C’est à dire une grossesse à problèmes. J’ai l’impression d’enchaîner les mauvaises nouvelles, et que la seule façon de m’en sortir, c’est d’accoucher. C’est aussi la seule façon pour que mon fils soit hors de danger.

On a l’impression que notre corps ne nous appartient plus vraiment. Les gens le touchent sans prendre la peine de vous demander la permission, les médecins l’examinent et l’auscultent mécaniquement… Et le pire je crois, c’est qu’il est tellement différent de votre corps d’avant, que la seule personne qui n’ose pas le regarder… c’est vous-même.

Et pourtant ce corps abrite la plus belle chose que vous n’ayez jamais cru pouvoir réussir dans votre vie. Vous avez créé un être humain, là, bien au chaud sous votre nombril. Il a vécu avec vous durant 9 longs mois, il a partagé vos repas, a entendu ce que vous entendiez, a ressenti vos peines et vos joies, et tout ça sans même que vous ne le connaissiez vraiment.

Parce que finalement, rien de tout ce que vous attendez ne se passe exactement comme vous l’attendiez ! La preuve, tant d’épreuves à surmonter, personne n’aurai pu prévoir tout ça.

Se préparer à toute éventualité, tout en s’autorisant à s’attacher à son enfant. Là est la difficulté de la maternité.

Diabète gestationnel.

5 juin 2017. 6 mois de grossesse.

Encore un coup dur. La semaine dernière, j’ai eu droit au test de dépistage du diabète.

En gros le matin, à jeun, tu te pointes au labo, ils te font ingurgiter une bonne grosse dose de sirop très très sucré, un peu écœurant, mais moins que ce qu’on m’avait dit. Ils te piquent juste avant, puis une heure après, puis deux heures après.

Bon, du coup je crois que mon corps n’élimine pas bien le sucre que je mange. Non pas que j’en abuse, mais ça peut arriver à n’importe qui il parait…

La suite ? Je suis au régime. Mais le vrai de vrai, celui que tu es obligé de faire, combiné au sport, il évitera que tu fasses un bébé prématuré, un bébé trop gros, un bébé en mauvaise santé. Il évitera aussi que tu fasses du diabète après l’accouchement, que tu sois beaucoup trop fatigué, que tu prennes trop de poids…

Ouais, le jour où tu met ton enfant au monde, ta glycémie normalement, si tu as bien suivi ton régime et tout, il est censé redevenir normal…

En attendant ça évite de grossir. Au final je n’aurai pris que 12 kg, les 5 premiers mois. Et ensuite plus rien. Pas un gramme de plus. C’est l’avantage… Le seul.

Clarté nucale et amniocentèse.

24 février 2017. Presque 3 mois de grossesse.

Le jour de la première échographie, Papa Ours a pu se libérer et m’accompagner, avec Tata Ourse, et nous sommes donc allés tous les trois au rendez-vous.

Toute nerveuse et anxieuse que je suis d’habitude, j’étais cette fois-ci d’une tranquillité surprenante…

Ce jour marquait la première rencontre avec ce petit être. Et pourtant, ce moment supposé être magique allait mal se terminer.

Le verdict tombe, sorti de la bouche de notre échographiste. « Sa clarté nucale est épaisse » a-t-elle annoncé, inquiète. La clarté nucale ? Kécecéça ? C’est une petite zone au niveau de la nuque du fœtus, et sa mesure sert à détecter un potentiel risque de trisomie.

Silence.

L’échographiste continue, l’air de rien, son exploration de l’intérieur de mon utérus.

Soudain Papa Ours, tout pâle, se lève et sort. « Je reviens ». Et moi je reste là, le ventre à l’air, sur lequel on avait étalé du gel, à essayer de suivre les gestes technique du médecin. J’ai su plus tard qu’il avait vomi. Gastro aïgue avait dit le médecin à domicile. Je me suis toujours demandée s’il en existait des « graves ». C’est le seul rendez-vous auquel il a assisté.

Elle a donc mesuré la nuque, puis le corps de la tête jusqu’aux fesses. Il fallait faire un rapport entre ces deux mesures pour avoir un résultat.

Inutile de vous dire que les jours qui passaient en attendant les résultats de ce qu’ils appellent « amniocentèse » étaient interminables. Et si il était mal-formé ? Et si il avait un défaut de chromosome ? La décision qui aurait pu s’imposer à nous était la seule chose que j’avais en tête.

Ils te prélèvent un peu du liquide amniotique dans lequel baigne le fœtus, et ils établissent le caryotype de ta progéniture. Je connaîtrai ainsi le chromosome sexuel de mon fœtus, c’est un des seuls côtés positifs. Tata Ourse était là ce jour-là. Comme une grosse piqûre dans l’abdomen, douleur sur le coup, puis ressentie pendant les deux jours suivants.

Papa Ours est sur la route toute la semaine. Depuis peu il passe les frontières du pays, il part de plus en plus loin, il voit de nouvelles choses. Il est très occupé. Encore moins présent aux examens. Mais tellement heureux… Forcément, ça compense.

Le matin des résultats, je l’ai attendu comme jamais je n’avais attendu un résultat.

Je devais initialement me rendre à l’hôpital à 15h l’après-midi. Mais alors que j’étais sous la douche, j’entendais mon téléphone sonner. Comme on ne sait jamais, je suis sortie de ma douche avant même de me rincer pour répondre. Puisque les résultats étaient bons, il était inutile que je me déplace.

Soulagement.

La suite ? Un suivi plus poussé, des échographies tous les mois, une surveillance un peu plus importante de l’évolution du fœtus. Du bébé. De mon fils.